Matière noire et l'univers invisible
Tout ce que nous voyons — étoiles, planètes et êtres humains — est composé de matière baryonique, pourtant cela ne représente que 5 % de l'univers. Ce qui reste est une vaste frontière invisible. Ce cours étudie le problème de la « masse manquante », en commençant par les courbes de rotation galactique et le lentillage gravitationnel comme preuves de l'existence de la matière noire. Nous évaluerons des candidats théoriques comme les WIMP avant de nous tourner vers l'énergie sombre, encore plus mystérieuse. En analysant la loi de Hubble et les supernovas de type Ia, nous explorerons pourquoi l'expansion de l'espace s'accélère et comment la constante cosmologique définit notre avenir. Vous acquerrez une compréhension complète de la composition cosmique et des preuves empiriques qui révèlent un univers invisible, passant de la « colle cosmique » de la matière à la « poussée cosmique » de l'énergie.
Chapitre 1 : Le problème de la masse manquante
1.1 : Rotation galactique et anomalies gravitationnelles
L'étude de la dynamique galactique révèle une profonde divergence entre la quantité de matière visible et les forces gravitationnelles nécessaires au maintien des structures galactiques. Bien que la physique newtonienne prévoie avec succès le mouvement des planètes au sein de notre système solaire, l'application de ces mêmes principes aux galaxies spirales entraîne un conflit significatif avec les données observationnelles. Ce sous-chapitre explore les preuves empiriques de ces anomalies gravitationnelles, en se concentrant sur les profils de vitesse des galaxies en rotation, les limites strictes de la matière baryonique détectable et l'utilisation de la lumière comme outil pour cartographier la masse invisible de l'univers.
Courbes de rotation galactique
Dans un système newtonien standard, la vitesse orbitale d'un objet est censée diminuer à mesure que sa distance par rapport au centre de masse augmente. C'est ce qu'on appelle le déclin képlérien. Dans les galaxies spirales, les astronomes s'attendaient à ce que les étoiles situées aux bords extérieurs se déplacent plus lentement que celles situées près du noyau galactique, en supposant que la majorité de la masse est concentrée là où la lumière est la plus intense.
Cependant, les observations des profils de vitesse orbitale — qui tracent la vitesse des étoiles et du gaz en fonction de leur distance radiale par rapport au centre — montrent une réalité différente. Au lieu de diminuer, la vitesse reste constante ou « plate », même à de grandes distances du centre visible.
Concept clé : Courbes de rotation plates Les observations de courbes de rotation plates dans les galaxies spirales suggèrent une masse invisible #(Subchapter 1.1, 1 | evidence=ev-rot-001). Ce phénomène indique que l'attraction gravitationnelle ne diminue pas comme prévu, ce qui implique l'existence d'un « halo » massif et invisible entourant la galaxie.
%HALF left[infograph] %Un graphique comparatif montrant les vitesses de rotation attendues par rapport aux vitesses observées des étoiles dans une galaxie spirale.
Logique étape par étape de l'anomalie de rotation :
- Attente newtonienne : Sur la base de la lumière visible, la densité de masse devrait chuter au bord de la galaxie, entraînant une diminution de la vitesse ().
- Réalité observationnelle : Les radiotélescopes et les télescopes optiques mesurent les raies d'hydrogène et les spectres stellaires, constatant que reste à peu près constant.
- La divergence : Pour maintenir une courbe plate, la masse incluse doit augmenter linéairement avec le rayon ().
- Conclusion : Étant donné que la lumière visible (étoiles et gaz) n'augmente pas linéairement à ces distances, une composante de masse non lumineuse doit être présente.
%HALF right[infograph] %Graphique montrant la divergence entre le déclin képlérien prédit et les courbes de rotation plates observées
Limites de la matière baryonique
Pour comprendre l'ampleur de l'anomalie gravitationnelle, les astrophysiciens doivent d'abord quantifier la matière « normale » qui interagit avec le rayonnement électromagnétique. C'est ce qu'on appelle la matière baryonique, qui comprend les étoiles, les planètes, le gaz interstellaire et la poussière.
Concept clé : Le ratio de 5 % Les modèles cosmologiques actuels et les observations du fond diffus cosmologique (CMB) indiquent que la matière baryonique ne représente qu'environ 5 % de la densité totale masse-énergie de l'univers. Les 95 % restants sont constitués de matière noire et d'énergie noire.
Analyse des contraintes baryoniques :
- Traceurs visibles : Les astronomes utilisent le rapport masse-luminosité pour estimer la quantité de masse baryonique présente dans une galaxie.
- Problème de la masse manquante : En comparant la masse baryonique calculée à la masse nécessaire pour produire les effets gravitationnels observés (tels que les courbes de rotation plates mentionnées ci-dessus), la composante baryonique est insuffisante d'un facteur de près de cinq pour un.
- Piège courant : Une erreur fréquente dans les premiers modèles galactiques consistait à supposer que la lumière visible trace toute la masse. Nous comprenons maintenant que la distribution de la lumière ne représente pas fidèlement la distribution de la matière générant la gravité.
Lentilles gravitationnelles
Alors que les courbes de rotation fournissent des preuves de la présence d'une masse invisible au sein des galaxies individuelles, les lentilles gravitationnelles offrent une méthode pour « peser » des amas de galaxies entiers et des structures à grande échelle. Ce phénomène se produit parce que la masse déforme le tissu de l'espace-temps, provoquant la courbure de la trajectoire de la lumière provenant d'objets lointains lorsqu'elle passe à proximité d'un objet massif au premier plan.
Mécanique de l'effet de lentille :
- Source : Une galaxie lointaine ou un quasar émet de la lumière.
- Lentille : Un objet massif au premier plan (comme un amas de galaxies) se situe entre la source et l'observateur.
- Déviation : La gravité de la lentille courbe les rayons lumineux.
- Observation : L'observateur voit des images déformées, amplifiées ou multiples de la source en arrière-plan.
Concept clé : Cartographier l'invisible En mesurant le degré de distorsion de la lumière, les scientifiques peuvent calculer la masse totale de la « lentille ». De manière cohérente, la masse requise pour provoquer l'effet de lentille observé est bien supérieure à la masse représentée par les étoiles et le gaz visibles au sein de l'amas. Cela fournit une confirmation géométrique indépendante de l'existence de grandes quantités de matière non baryonique, renforçant ainsi les conclusions tirées des courbes de rotation galactiques.
Conclusion
La convergence des preuves issues des courbes de rotation galactique, des limites de masse baryonique et des lentilles gravitationnelles pointe vers une conclusion cohérente : l'univers visible ne constitue qu'une petite fraction de la réalité totale. Les profils plats des galaxies et la courbure spectaculaire de la lumière à travers le cosmos nécessitent la présence d'une composante massive et invisible qui n'émet, n'absorbe ni ne réfléchit la lumière. Comprendre ces anomalies gravitationnelles est la première étape pour passer des visions newtoniennes classiques à un cadre cosmologique moderne qui rend compte de l'architecture cachée de l'univers.
1.2 : Candidats à la matière noire et détection
Après avoir établi que la majeure partie de la matière est invisible, nous examinons maintenant les principales théories sur ce qu'est réellement cette matière noire et comment nous tentons de la détecter. Bien que les effets gravitationnels de la matière non lumineuse soient bien documentés grâce aux observations des courbes de rotation des galaxies et des lentilles gravitationnelles, la nature particulaire de cette substance reste l'un des mystères les plus importants de l'astrophysique moderne. Les scientifiques classent généralement les candidats potentiels en deux groupes distincts : les objets macroscopiques composés de matière baryonique normale et les particules subatomiques hypothétiques qui existent au-delà du Modèle standard.
MACHOs : Objets compacts massifs du halo
Le terme MACHO désigne une catégorie de candidats à la Matière noire composés de Matière baryonique ordinaire, mais qui n'émettent que peu ou pas de rayonnement. Ces objets résident dans les halos des galaxies et sont difficiles à observer directement car ils ne subissent pas de fusion nucléaire et n'ont pas de températures de surface élevées.
Concept clé : Les MACHOs incluent des objets tels que les trous noirs, les étoiles à neutrons, les naines brunes et les planètes isolées. Parce que ces objets sont massifs, ils peuvent être détectés grâce à leur influence gravitationnelle sur la lumière provenant de sources lointaines.
- Détection par lentille gravitationnelle : Lorsqu'un MACHO passe entre une étoile lointaine et un observateur sur Terre, sa gravité agit comme une lentille, illuminant temporairement l'étoile lointaine. Ce processus, appelé microlentille, permet aux astronomes d'estimer la masse et la distribution de ces objets au sein du halo galactique.
- Résultats empiriques : Des relevés systématiques des Grands et Petits Nuages de Magellan ont utilisé les microlentilles pour rechercher des MACHOs. Cependant, les données suggèrent que ces objets ne peuvent expliquer qu'une faible fraction de la densité totale de Matière noire requise par les modèles cosmologiques #(Alcock, C., et al., 2000, The MACHO Project: Microlensing Results from 5.7 Years of LMC Observations).
%HALF[infograph] %Une infographie comparant l'échelle d'un MACHO, comme une naine brune, à celle d'une particule WIMP, illustrant la différence massive de taille et la méthode de détection par lentille gravitationnelle par rapport à l'interaction particulaire. Ratio 4:3
WIMPs : Particules massives interagissant faiblement
Le principal candidat non baryonique pour la matière noire est le WIMP, ou particule massive interagissant faiblement (Weakly Interacting Massive Particle) #(ev-wimp-002, page 2). Ces particules hypothétiques se caractérisent par deux traits principaux : elles possèdent une masse importante (probablement 10 à 1000 fois la masse d'un proton) et elles n'interagissent avec la matière baryonique que par la gravité et l'interaction nucléaire faible.
Analyse : Le « miracle WIMP » est un cadre théorique suggérant que des particules dotées de ces propriétés spécifiques auraient été produites dans l'univers primordial en une abondance correspondant exactement à la densité de matière noire observée aujourd'hui. Contrairement aux MACHO, les WIMP traverseraient la matière ordinaire — et même la Terre elle-même — sans pratiquement aucune interaction, ce qui les rend exceptionnellement difficiles à capturer.
| Caractéristique | MACHO | WIMP |
|---|---|---|
| Composition | Matière baryonique (protons, neutrons) | Non baryonique (particules hypothétiques) |
| Interaction | Gravitationnelle et électromagnétique (minimale) | Gravitationnelle et interaction nucléaire faible |
| Méthode de détection | Lentille gravitationnelle (microlentille) | Expériences de détection directe |
| Statut actuel | Largement écarté comme composante principale | Principal candidat théorique |
Expériences de détection directe
Pour valider l'hypothèse des WIMP, les physiciens ont développé des expériences de détection directe conçues pour observer les rares cas où un WIMP pourrait entrer en collision avec le noyau d'un atome dans un environnement de laboratoire.
- Matériau cible : Les expériences utilisent souvent de grands réservoirs de gaz nobles liquéfiés, tels que le xénon ou l'argon, ou des cristaux ultra-purs comme le germanium. Ces matériaux servent de « cible » pour les impacts potentiels de WIMP.
- Identification du signal : Lorsqu'un WIMP frappe un noyau, il provoque un « recul nucléaire ». Ce recul produit un minuscule flash de lumière (scintillation) ou une petite quantité de charge électrique (ionisation), que des capteurs sensibles peuvent détecter.
- Blindage contre le bruit de fond : Parce que les interactions des WIMP sont incroyablement rares, ces expériences doivent être situées profondément sous terre — souvent dans des mines ou sous des montagnes — pour protéger les détecteurs des rayons cosmiques et d'autres rayonnements terrestres qui pourraient créer de faux signaux #(Liu, J., et al., 2017, Current Status of Direct Dark Matter Detection Experiments).
Conclusion
La recherche de candidats à la Matière Noire représente une intersection rigoureuse entre la physique des particules et l'astronomie observationnelle. Bien que les MACHO aient fourni une explication initiale intuitive basée sur la Matière Baryonique, les preuves empiriques issues des Lentilles Gravitationnelles ont fait basculer le consensus scientifique vers des solutions non baryoniques comme les WIMP. Le succès des Expériences de Détection Directe demeure le « Saint Graal » du domaine ; confirmer la détection d'un WIMP permettrait non seulement de résoudre le mystère de la masse manquante, mais offrirait également une fenêtre sur la physique au-delà du Modèle Standard. Une évaluation critique de ces stratégies de détection est essentielle alors que nous continuons à affiner nos modèles mathématiques du cosmos.
Chapitre 2 : L'Univers en accélération
2.1 : Expansion de l'univers et énergie noire
Alors que la matière noire agit comme une colle cosmique, fournissant l'échafaudage gravitationnel des galaxies, une force distincte et opposée semble écarter l'univers à un rythme accéléré. Cette découverte a fait basculer le paradigme de la cosmologie du XXe siècle, passant d'un modèle d'univers statique ou en décélération à un univers dominé par une densité d'énergie invisible. Comprendre cette expansion nécessite un examen rigoureux du cadre mathématique de la relativité générale, des observations empiriques des explosions stellaires lointaines et de la relation linéaire entre la distance et la vitesse qui définit notre horizon cosmique.
La constante cosmologique
Le fondement théorique d'un univers en accélération réside dans la constante cosmologique, notée par la lettre grecque (Lambda). Introduite à l'origine par Albert Einstein en 1917, était destinée à permettre une solution d'univers statique dans ses équations de champ. Cependant, dans la cosmologie moderne, elle représente la densité d'énergie du vide, souvent appelée énergie noire.
Formalisme pour Lambda () : Pour comprendre comment influence l'expansion, nous commençons par les équations de champ d'Einstein (EFE), qui décrivent la relation entre la géométrie de l'espace-temps et la distribution de la matière et de l'énergie en son sein #(Einstein, A., 1917, Cosmological Considerations in the General Theory of Relativity). La forme standard de l'EFE, incluant la constante cosmologique, est :
Où :
- est le tenseur de courbure de Ricci.
- est la courbure scalaire.
- est le tenseur métrique.
- est la constante gravitationnelle de Newton.
- est la vitesse de la lumière.
- est le tenseur énergie-impulsion.
Dans le contexte de la métrique de Friedmann-Lemaître-Robertson-Walker (FLRW), qui suppose un univers homogène et isotrope, l'accélération du facteur d'échelle est régie par la seconde équation de Friedmann #(ev-exp-003, 3 | evidence=ev-exp-003) :
Analyse : Dans cette dérivation, représente la densité d'énergie et représente la pression. Pour la matière ordinaire et la matière noire, et sont tous deux positifs, conduisant à un négatif (décélération). Cependant, si est positif et suffisamment grand, il fournit un effet répulsif. L'énergie noire est caractérisée par une pression négative (), ce qui fait que le terme entre parenthèses devient négatif, entraînant ainsi une expansion accélérée du facteur d'échelle.
%FULL[infograph] %Chronologie de l'expansion cosmique montrant l'« attraction » de la gravité par rapport à la « poussée » de l'énergie noire
La loi de Hubble
Les preuves empiriques de l'expansion ont commencé avec les observations d'Edwin Hubble à la fin des années 1920. La loi de Hubble établit une relation proportionnelle entre la distance d'une galaxie et la vitesse à laquelle elle s'éloigne de l'observateur. Cela n'est pas dû au fait que les galaxies se déplacent « à travers » l'espace, mais plutôt à l'expansion de la métrique de l'espace lui-même entre elles.
La loi est exprimée par la formule :
Où :
- est la vitesse de récession (généralement en km/s).
- est la constante de Hubble (représentant le taux d'expansion à l'époque actuelle).
- est la distance propre à la galaxie (généralement en mégaparsecs, Mpc).
Exemple résolu : Calcul de la vitesse de récession Supposons que nous observions une galaxie à une distance de 100 Mpc. En utilisant une estimation contemporaine de la constante de Hubble, :
- Identifier les variables : , .
- Appliquer la formule : .
- Résultat : .
Cette relation linéaire implique que plus un objet est éloigné, plus il semble s'éloigner rapidement. Cette observation a fourni la première preuve concrète que l'univers est dynamique plutôt que statique.
Supernovae de type Ia
Alors que la loi de Hubble a prouvé que l'univers était en expansion, elle n'a pas révélé initialement que cette expansion accélérait. Cette découverte a eu lieu en 1998 grâce à l'étude des supernovae de type Ia. Ces explosions stellaires se produisent dans des systèmes binaires où une naine blanche accrète de la matière provenant d'une étoile compagne jusqu'à ce qu'elle atteigne la limite de Chandrasekhar (environ 1,4 masse solaire), déclenchant une explosion thermonucléaire.
Parce que ces supernovae se produisent toujours à peu près à la même masse, elles ont une luminosité intrinsèque constante, ce qui en fait des « chandelles standard ». En comparant leur luminosité intrinsèque connue à leur luminosité observée, les astronomes peuvent calculer des distances précises.
Concept clé : Décalage vers le rouge et accélération En mesurant le décalage vers le rouge () de ces supernovae — l'étirement de la lumière vers des longueurs d'onde plus longues dû à l'expansion — les astronomes peuvent déterminer à quel point l'univers s'est étendu depuis que la lumière a été émise. Les observations de supernovae de type Ia lointaines ont montré qu'elles étaient plus faibles que prévu dans un univers ne contenant que de la matière #(Riess, A. G., et al., 1998, Observational Evidence from Supernovae for an Accelerating Universe and a Cosmological Constant).
| Caractéristique | Univers dominé par la matière | Univers dominé par l'énergie noire |
|---|---|---|
| Taux d'expansion | Ralentissement au fil du temps | Accélération au fil du temps |
| Luminosité des supernovae | Plus brillante (plus proche) | Plus faible (plus éloignée) |
| Destin cosmique | Potentiel « Big Crunch » | Expansion perpétuelle (« Big Freeze ») |
Cette divergence a indiqué que l'expansion de l'univers s'accélère depuis plusieurs milliards d'années, marquant la transition d'une époque dominée par la matière à une époque dominée par l'énergie noire.### Conclusion
L'interaction entre la constante cosmologique, la loi de Hubble et les supernovae de type Ia constitue l'épine dorsale du modèle Lambda-CDM. Alors que la loi de Hubble a fourni la preuve initiale d'un cosmos dynamique, la dérivation formelle de et les mesures de distance précises à partir des supernovae ont révélé un univers qui non seulement est en expansion, mais qui le fait à un rythme toujours croissant. Comprendre ces mécanismes est essentiel pour prédire le destin ultime du cosmos, car la domination continue de l'énergie noire suggère un avenir d'isolement croissant pour les galaxies. L'évaluation critique de ces modèles reste une priorité, car les mesures modernes de continuent de montrer de légères divergences, suggérant une nouvelle physique potentielle au-delà de notre compréhension actuelle.
2.2 : Le destin du cosmos
Comprendre la nature de l'énergie noire nous permet de projeter le destin ultime de notre univers. En analysant le taux d'expansion actuel et la distribution spécifique de la matière et de l'énergie, les cosmologistes peuvent modéliser comment l'intégrité structurelle du cosmos évoluera sur des milliards d'années. Ce sous-chapitre examine la composition précise de l'univers et les deux principaux modèles théoriques — le Big Freeze et le Big Rip — qui décrivent son état final en fonction du comportement de la constante cosmologique.
Composition cosmique
La trajectoire de l'univers est dictée par sa densité énergétique, une valeur composée de trois éléments distincts. Les données empiriques dérivées du fond diffus cosmologique et des observations de lentilles gravitationnelles confirment un rapport spécifique qui définit notre époque actuelle.
- Énergie noire (68 %) : Il s'agit d'une force répulsive qui agit comme une propriété de l'espace lui-même, souvent associée à la constante cosmologique. Elle est responsable de l'expansion accélérée observée de l'univers.
- Matière noire (27 %) : Une forme de matière non lumineuse qui n'interagit pas avec le rayonnement électromagnétique. Elle fournit la « colle » gravitationnelle nécessaire à la formation et à la stabilité des galaxies #(Peebles, P.J.E., 1993, Principles of Physical Cosmology).
- Matière normale (5 %) : Également connue sous le nom de matière baryonique, elle comprend tous les atomes, étoiles, planètes et nuages de gaz. Elle représente la plus petite fraction de la densité cosmique totale. La domination de l'énergie noire sur la matière noire et la matière baryonique suggère que l'expansion de l'espace continuera de s'accélérer, surmontant l'attraction gravitationnelle vers l'intérieur #(DocTitle, 4 | evidence=ev-comp-004).
Le Big Freeze
Le Big Freeze, ou « mort thermique », est le scénario le plus largement accepté au sein du modèle standard de la cosmologie. Ce résultat suppose que l'énergie noire reste constante en densité à mesure que l'univers s'étend.
- Expansion continue : À mesure que l'espace s'étend, les galaxies s'éloignent les unes des autres à des vitesses croissantes.
- Épuisement des ressources : Sur des milliers de milliards d'années, l'approvisionnement en gaz pour la formation d'étoiles est épuisé. Les étoiles existantes épuisent leur carburant nucléaire, laissant derrière elles des vestiges tels que des naines blanches, des étoiles à neutrons et des trous noirs.
- Équilibre thermique : Finalement, même ces vestiges se désintègrent ou sont engloutis par des trous noirs, qui finissent eux-mêmes par s'évaporer via le rayonnement de Hawking.
- Entropie maximale : L'univers atteint un état d'entropie maximale où l'énergie est uniformément répartie. Dans cet état, aucun travail supplémentaire ne peut être effectué et la température approche du zéro absolu.
Le Big Rip
Le Big Rip est un résultat théorique plus violent qui se produit si la densité de l'énergie noire augmente avec le temps, un concept connu sous le nom d'« énergie fantôme ». Dans ce modèle, la force répulsive de l'énergie noire devient finalement assez forte pour surmonter toutes les autres forces fondamentales.
Logique étape par étape de la désintégration cosmique :
- Séparation galactique : Initialement, l'expansion éloigne les galaxies les unes des autres, de manière similaire au Big Freeze.
- Disruption stellaire : À mesure que le taux d'expansion s'accélère, les liens gravitationnels retenant les étoiles au sein des galaxies sont rompus, les dispersant dans le vide.
- Dissolution planétaire : Finalement, la force devient assez forte pour arracher les planètes de leurs orbites et déchirer les planètes elles-mêmes.
- Désintégration atomique : Dans les derniers instants, l'expansion surmonte les forces électromagnétiques et nucléaires, déchiquetant les atomes et les particules subatomiques.
Contrairement au Big Freeze, qui est une transition lente vers un équilibre froid, le Big Rip représente une fin définitive du tissu de l'espace-temps lui-même.
Conclusion
Le destin du cosmos est inextricablement lié au rapport 68/27/5 de sa composition. Que l'univers se termine dans l'équilibre silencieux et froid du Big Freeze ou dans la fragmentation violente du Big Rip dépend de la stabilité à long terme de la constante cosmologique. Une analyse approfondie de ces modèles met en évidence la fragilité de la matière baryonique dans un univers dominé par l'énergie noire, soulignant que notre ère actuelle de formation stellaire est une phase éphémère dans la chronologie totale du cosmos.
Conclusion
Notre exploration de l'Univers invisible révèle que le cosmos est bien plus que ce que l'on voit. Nous avons vu comment les Courbes de rotation galactique et les Lentilles gravitationnelles exposent les limites de la Matière baryonique visible, pointant vers des candidats insaisissables de Matière noire comme les WIMPs. Pourtant, l'histoire ne s'arrête pas à l'attraction gravitationnelle. Grâce aux Supernovae de type Ia, nous avons cartographié une expansion accélérée pilotée par l'Énergie noire. Cette lutte cosmique entre la « colle » de la matière et la « poussée » de la Constante cosmologique dicte notre Composition cosmique. Que l'univers soit confronté à un Big Freeze ou à un Big Rip, nous avons appris que les 95 % de réalité « manquants » ne sont pas seulement un vide dans nos cartes — ils sont le moteur même de notre destin ultime.
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- Quelle observation concernant les vitesses orbitales des étoiles dans les galaxies spirales mène à la conclusion qu'une masse invisible existe ? A. Les étoiles situées aux bords orbitent plus lentement que celles situées près du centre, suivant le déclin képlérien. B. Les étoiles situées aux bords orbitent à des vitesses constantes, ce qui entraîne des courbes de rotation plates.© C. Les étoiles situées aux bords orbitent plus rapidement que celles situées près du centre en raison d'une luminosité accrue. D. Les étoiles situées aux bords restent stationnaires par rapport au noyau galactique. Les courbes de rotation plates indiquent que l'attraction gravitationnelle ne diminue pas comme prévu, ce qui implique l'existence d'un halo massif et invisible de matière entourant la galaxie.
- Selon les modèles cosmologiques actuels, quel pourcentage de la densité masse-énergie de l'univers est composé de matière baryonique ? A. Environ 5 %© B. Environ 25 % C. Environ 50 % D. Environ 95 % Les modèles cosmologiques actuels et les données du fond diffus cosmologique indiquent que la matière baryonique ne représente qu'environ 5 % de la densité totale masse-énergie de l'univers.
- Comment les lentilles gravitationnelles aident-elles les astronomes à étudier la matière noire ? A. Elles permettent aux scientifiques de photographier directement les particules de matière noire. B. Elles mesurent la composition chimique des halos galactiques invisibles. C. Elles permettent aux scientifiques de calculer la masse totale d'une lentille en mesurant la distorsion de la lumière provenant d'objets d'arrière-plan lointains.© D. Elles bloquent la lumière visible pour révéler la température réelle des étoiles. La lentille gravitationnelle se produit lorsque la gravité de structures massives et invisibles courbe l'espace-temps, déviant la lumière provenant d'objets lointains ; le degré de distorsion révèle la masse totale présente.
- Pourquoi l'hypothèse des WIMPs est-elle actuellement privilégiée par rapport à l'hypothèse des MACHOs pour la matière noire ? A. Il a été prouvé que les MACHOs sont la composante principale de la matière noire. B. Les WIMPs sont plus faciles à détecter à l'aide de télescopes optiques standard. C. Les relevés montrent que les MACHOs sont insuffisants en nombre pour expliquer la masse totale, tandis que les WIMPs s'alignent sur le cadre du « Miracle WIMP ».© D. Les WIMPs sont constitués de matière baryonique, qui est plus abondante dans l'univers. Les relevés systématiques ont largement écarté les MACHOs en tant que composante principale de la matière noire, tandis que les WIMPs sont théoriquement favorisés car leurs propriétés expliquent naturellement la densité de matière noire observée. ⟭